Reussir Ou ...
Comme à mon habitude, trois matins par semaine depuis bientôt trois ans, j'ouvre mon casier. Un petit casier gris que j'ai recouvert d'autocollants en tous genres pour embellir mes allers et venues dans ce grand magasin parisien où l'on y vend de la culture sous cellophane (disques, livres, dvd... je vous laisse deviner). J'extirpe mon affreux gilet aux couleurs improbables et le revêt en me bouchant le nez de peur de rendre ici même mon petit déjeuner. Il est 9h passé de 31 minutes, je suis en retard. J'attrape deux bouteilles d'eau au passage, je dis bonjour au jeune homme de la sécurité et m'engouffre dans les longs couloirs, escaliers, ascenseurs qui me mèneront sur mon lieu de travail, mon rayon, ma raison de...
Plus j'avance dans ces labyrinthes, plus mes sourcils froncent. Pourquoi n'y a t'il personne ? Pourquoi je ne croise pas, comme à mon habitude, d'autres jeunes gens perdus dans d'autres gilets aux couleurs innomables ? Pourquoi ne puis je point les saluer en rajoutant l'immuable "Bon Courage Pour Aujourd'hui" ? Depuis 3 ans, j'arpente ces couloirs et quelque soit l'heure (début de journée, pause déjeuner, fermeture) j'y rencontre mes semblabes aux mines déprimées, aux regards vides, aux joues tombantes et nous nous esquissons mutuellement avec le peu de force qu'il nous reste un de ces sourires pathétiques que j'aime à me remémorer. Aujourd'hui il n'y a personne, pas un bruit, mon enseigne adorée est plongée dans un silence de mort, pas un bruit, pas une agitation, pas un seul client, pas une seule chaîne stéréo criarde... Comme c'est bizarre !! Vous avez dit Bizarre ?
Quand j'arrive dans mon rayon, au bout de trois / quatre minutes de marche forcée, j'ai la réponse à mes questions. Ils sont TOUS là ! Pas un seul ne manque à l'appel. Agglutinés près du comptoir, mes collègues, mes supérieurs (Grrrr...), une poignée de client, le directeur du magasin, tous dans mon antre. Ils discutent et le sujet choisi a l'air d'être d'une importance non négligeable. Les mines déconfites se sont réveillées, certains sont rouges de colère et argumentent tant bien que mal, d'autres indignés, d'autres pleurants, quelqu'un frappe sur la table en criant "Ca n'est plus possible !!!". Je reste en spectateur un court instant et au moment où je fais irruption aux yeux de tous, le silence se fait. Plus personne ne bouge, ne crache, ne boude, ne crie, ne dit... ils me fixent tous. Un moment d'arrêt. Une petite pause. Un des leurs s'avance, le directeur, avec sa calvitie, ses yeux noirs et son charisme de directeur naturel. Il s'avance, pose sa main sur mon épaule d'un air désolé et me dit :
"Cher Pierre, ça ne peut plus durer comme ça. On sait tous ici que la Musique et l'écriture sont tes grandes passions, tu ne peux plus te résigner à venir travailler ici tous les jours. Ca se ressent sur ton ton travail ici, on te sent ailleurs, dans tes rêveries. Tes chers collègues et moi même avons décidé de te venir en aide, on voudrait t'aider à réussir, à devenir ce que tu voudrais être..."
Il est 7h00, mon réveil vient de sonner et m'extirpe soudainement de cet étrange rêve. Nous sommes le 1er Janvier et ...
J'ai 365 Jours Pour Réussir...